Guide des normes de sécurité EN ISO 20345 : tout comprendre

Quand on regarde l'étiquette d'une paire de chaussures de sécurité, on tombe sur une suite de codes qui ressemble à du chinois : S3, SRC, EN ISO 20345:2011, parfois un P ou un HRO. Derrière ces sigles se cache une logique précise, et une fois qu'on l'a comprise, choisir le bon modèle devient beaucoup plus simple. Cet article fait le tour complet de la norme EN ISO 20345, la référence européenne qui encadre les chaussures de sécurité. On va voir ce qu'elle garantit vraiment, comment se lisent les fameuses classes SB à S5, et ce que signifie chaque marquage additionnel. L'objectif : que vous puissiez décoder n'importe quelle étiquette sans hésiter.
Qu'est-ce que la norme EN ISO 20345 ?
EN ISO 20345 est la norme européenne harmonisée qui définit les exigences des chaussures de sécurité à usage professionnel. Le sigle mérite qu'on s'y arrête : « EN » signale qu'il s'agit d'une norme européenne, « ISO » qu'elle est reprise au niveau international, et « 20345 » est simplement son numéro d'enregistrement. L'année qui suit (par exemple 20345:2011 ou 20345:2022) indique la version, et elle a son importance car les exigences évoluent.
Ce qui distingue cette norme de toutes les autres catégories de chaussures professionnelles, c'est un critère unique et non négociable : la présence d'un embout de protection capable d'absorber un choc de 200 joules. Concrètement, 200 joules correspondent à la chute d'une masse d'environ 20 kg lâchée depuis un peu plus d'un mètre. Si une chaussure ne possède pas cet embout résistant à 200 J, elle ne peut tout simplement pas porter la mention « chaussure de sécurité » au sens de la norme. C'est le socle commun à toutes les classes.
L'embout peut être en acier, en aluminium ou en matériau composite (fibre de verre, polymères). Tous tiennent la même promesse de 200 J : le choix se fait surtout sur le poids, la conductivité thermique et le passage ou non aux portiques de détection.
Si vous voulez creuser le détail des exigences et la signification précise de chaque sigle, l'article norme EN ISO 20345 : signification et marquages va plus loin sur ce point.
Les classes de protection : de SB à S5
Au-dessus de l'embout 200 J obligatoire, la norme empile des niveaux de protection de plus en plus complets. C'est ce qu'on appelle les classes. Plus on monte dans la nomenclature, plus la chaussure cumule de propriétés. Voici comment elles s'articulent.
Le socle : SB
SB (Safety Basic) correspond aux exigences minimales : un embout de protection 200 J, et c'est tout ce qui est imposé. Une chaussure SB peut être une sandale ouverte au talon. On la croise rarement seule sur le terrain, mais elle sert de base à tout l'édifice.
Les classes courantes : S1, S1P, S2, S3
À partir de S1, la norme ajoute des exigences systématiques en plus de l'embout.
- S1 : embout 200 J + arrière fermé + propriétés antistatiques (A) + absorption d'énergie au talon (E) + résistance aux hydrocarbures de la semelle (FO). Convient aux environnements secs et intérieurs.
- S1P : tout le S1, plus une semelle anti-perforation (P). Le « P » protège la plante du pied contre les clous et objets pointus. Idéal pour les chantiers où le sol est encombré.
- S2 : tout le S1, plus une résistance à la pénétration et à l'absorption d'eau de la tige (WRU). La chaussure résiste à l'humidité de surface, utile en milieu humide ou avec projections.
- S3 : c'est la classe la plus répandue dans le bâtiment et l'industrie. Elle reprend le S2, ajoute la semelle anti-perforation (P) et une semelle à crampons (relief). Polyvalente, elle couvre la grande majorité des besoins extérieurs.
Les classes étanches : S4 et S5
Les deux dernières classes concernent les chaussures et bottes moulées d'une seule pièce (PVC, polyuréthane, caoutchouc), entièrement imperméables.
- S4 : bottes antistatiques, étanches, avec absorption d'énergie au talon.
- S5 : tout le S4, plus une semelle anti-perforation (P) et une semelle à crampons. C'est le choix de référence pour l'agroalimentaire, l'agriculture ou les chantiers très boueux.
Pour résumer la progression :
Classe | Embout 200 J | Tige fermée | Antistatique + absorption talon | Anti-perforation | Étanchéité tige | Semelle crampons | Bottes moulées |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
SB | oui | – | – | – | – | – | – |
S1 | oui | oui | oui | – | – | – | – |
S1P | oui | oui | oui | oui | – | – | – |
S2 | oui | oui | oui | – | oui (WRU) | – | – |
S3 | oui | oui | oui | oui | oui (WRU) | oui | – |
S4 | oui | oui | oui | – | oui (totale) | – | oui |
S5 | oui | oui | oui | oui | oui (totale) | oui | oui |
Cette grille de lecture est détaillée, avec des exemples métiers, dans l'article normes ISO 20345 des chaussures de sécurité.
Les marquages additionnels : affiner la protection
Les classes ne disent pas tout. Un fabricant peut renforcer une chaussure avec des propriétés supplémentaires, signalées par des codes que l'on retrouve après la classe sur l'étiquette. Les connaître permet de choisir un modèle vraiment adapté à son poste.
- P — Résistance à la perforation de la semelle. Protège contre les clous et objets pointus traversant le sol.
- A — Antistatique. Limite l'accumulation de charges électriques tout en gardant une légère résistance protectrice.
- HRO — Résistance de la semelle à la chaleur de contact (jusqu'à 300 °C pendant un temps défini). Utile pour les sols chauds, le bitume, la soudure.
- HI — Isolation contre la chaleur (le pied reste protégé d'une source chaude).
- CI — Isolation contre le froid. Pour le travail en chambre froide ou en extérieur l'hiver.
- WRU — Résistance de la tige à la pénétration et à l'absorption d'eau (présente d'office en S2 et S3).
- WR — Imperméabilité de la chaussure complète (water resistant), à ne pas confondre avec le WRU qui ne concerne que la tige.
- FO — Résistance de la semelle aux hydrocarbures (fuel oil).
- E — Absorption d'énergie dans la zone du talon, pour amortir les chocs à la marche.
- M — Protection du métatarse, sur le dessus du pied.
- CR — Résistance de la tige à la coupure.
- ESD — Dissipation électrostatique contrôlée, plus exigeante que l'antistatique, recherchée en électronique et milieux sensibles.
Les marquages antidérapants : SRA, SRB, SRC
La résistance au glissement a longtemps été signalée par trois codes que l'on voit encore très souvent :
- SRA : adhérence testée sur sol céramique + eau savonneuse.
- SRB : adhérence testée sur sol acier + glycérine (surface plus glissante).
- SRC : la chaussure réussit les deux tests, SRA et SRB. C'est le niveau le plus protecteur.
Le détail du protocole d'essai et des coefficients de glissement attendus est expliqué dans norme SRA chaussures de sécurité : définition et test. Bon à savoir : la nouvelle version de la norme a fait évoluer la façon de signaler l'antidérapance, ce que nous abordons plus bas.
Comment lire l'étiquette d'une chaussure de sécurité
Une fois ces codes en tête, l'étiquette devient limpide. Elle se lit toujours dans le même ordre. Prenons un exemple typique : EN ISO 20345:2011 S3 SRC HRO.
- EN ISO 20345:2011 — la norme appliquée et son année de version. C'est la première chose à vérifier, car elle conditionne la signification des codes suivants.
- S3 — la classe de protection. Ici, embout 200 J, tige fermée, antistatique, absorption talon, anti-perforation, résistance à l'eau de la tige et semelle crampons.
- SRC — le niveau antidérapant, le meilleur disponible dans cette version.
- HRO — un marquage additionnel, ici la résistance de la semelle à la chaleur de contact.
Vous trouverez ces informations soit imprimées à l'intérieur de la languette ou de la tige, soit sur une étiquette cousue, soit gravées sur la semelle. Le pictogramme représentant une chaussure barrée d'un « S » accompagne souvent la mention. Si l'un de ces éléments manque, méfiance : une vraie chaussure de sécurité affiche toujours sa norme.
La version 2022 de la norme a introduit plusieurs ajouts qui modifient certains marquages. Pour ne pas se tromper en comparant un modèle ancien et un modèle récent, l'article mise à jour de la norme ISO EN 20345 (2022) détaille tous les changements, notamment l'arrivée de nouveaux codes pour l'antidérapance et la protection contre la perforation.
EN ISO 20345 ou EN ISO 20347 : quelle différence ?
C'est une confusion fréquente, et elle a des conséquences concrètes sur la sécurité. Les deux normes se ressemblent dans leur structure (mêmes classes, mêmes marquages additionnels), mais elles ne s'adressent pas du tout aux mêmes besoins.
- EN ISO 20345 encadre les chaussures de sécurité, avec embout résistant à 200 J. C'est la seule à protéger contre l'écrasement et la chute d'objets lourds.
- EN ISO 20347 encadre les chaussures de travail, sans embout de protection ou avec un embout ne répondant pas au critère des 200 J. Elles offrent du confort et des propriétés comme l'antidérapance ou l'antistatisme, mais aucune protection contre l'impact frontal sur les orteils.
Pour les distinguer, regardez le préfixe des classes : la norme 20345 utilise des codes commençant par S (S1, S2, S3…), tandis que la 20347 utilise des codes commençant par O (O1, O2, O3…), pour « Occupational ». Un « O » sur l'étiquette signifie donc absence d'embout 200 J. Il existe aussi la norme EN ISO 20346 pour les chaussures de protection, avec un embout résistant à 100 J seulement (codes en « P »), un niveau intermédiaire plus rare.
Le bon réflexe : si votre poste vous expose à des risques de chute ou d'écrasement d'objets, seule la 20345 est valable. Une chaussure 20347, aussi confortable soit-elle, ne suffira pas.
Conclusion
La norme EN ISO 20345 n'a rien d'obscur une fois qu'on en tient le fil. Tout part de l'embout 200 J, socle commun à toutes les chaussures de sécurité. Au-dessus se construisent les classes SB à S5, qui ajoutent progressivement l'antistatisme, l'anti-perforation, la résistance à l'eau et l'imperméabilité totale. Les marquages additionnels (P, A, HRO, CI, WR, ESD, SRA-SRC…) viennent ensuite affiner la protection selon les risques réels de votre métier. Savoir lire une étiquette dans l'ordre — norme, classe, antidérapance, options — vous évite les mauvaises surprises et les achats inadaptés.
L'étape suivante, c'est de traduire tout cela en choix concret. Pour cela, comment choisir ses chaussures de sécurité reprend ces critères et les met en perspective avec votre environnement de travail, pour passer de la théorie à la paire qui vous convient vraiment.
Rédigé par
Rédaction Sosecu
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